2014 : la gouvernance africaine au révélateur Ebola

Governance

Suite de notre revue des faits marquants de 2014 : 2e étape, la réapparition du virus Ebola sur le continent africain et les craintes généralisées d’un retour des démons du continent. A fin décembre 2014, l’épidémie avait fait près de 7 900 victimes, à 99% au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée selon l’OMS. Alors que les premières alertes dataient du mois de mars 2014, le phénomène a véritablement pris de l’ampleur à l’amorce de l’été avec le cap des 1000 décès franchi et les craintes d’une large pandémie. Dans la foulée, l’amplification médiatique a atteint un paroxysme lorsque la communauté internationale a découvert les premiers cas exportés en  Espagne et aux Etats Unis. Ebola devient alors un sujet international incontournable et l’OMS lance alors une « alerte mondiale » le 8 Aout. Le graphique ci-dessous montre l’ampleur du phénomène médiatique et sa concomitance avec les problématiques internationales. Au-delà de la catastrophe humanitaire, les organismes internationaux tentent de mesurer les impacts économiques et les risques « de faire dérailler la croissance africaine ». Les pires scénarios sont envisagés avec des impacts PIB de 7.4Mds$ en 2014 et de 25.2Mds$ en 2015 avant d’être progressivement revus à la baisse suite à la maitrise progressive de la menace sanitaire.

Governance medias

Au niveau  local, la gestion de la crise humanitaire Ebola durant le 3e et le 4e trimestre permet de mesurer  les divergences de trajectoires entre les pays africains en ce début de XXIe siècle. Certains pays démontre une capacité aigue de gestion des situations de crises en mettant en place les moyens nécessaire localement pour endiguer le phénomène là où d’autres pays africains éprouvent plus de difficultés. Le constat est éloquent : à fin octobre, lorsque certains pays comme le Nigéria ou le Sénégal ont réussi à éradiquer le virus de leur territoire, d’autres (Sierra Leone, Libéria, Guinée) se sont enlisés dans une profonde crise humanitaire.

Disposant d’une frontière commune avec la Guinée Conakry, le Sénégal faisait partie des pays à risque, en cas de pandémie d’Ebola. Pour autant, le pays qui a connu un cas durant l’été a très rapidement mis en place des mesures de prévention et un plan d’action : 74 personnes ont notamment été mise sous surveillance (suspecte d’avoir été en contact des personnes atteintes en aout), et une campagne de prévention dans les aéroports a été mise en place. Le 17 octobre, l’OMS annonçait que le Sénégal était libre d’Ebola et félicitait le gouvernement de M. Sall pour ses actions.

Du fait de ses faibles infrastructures et de la taille de sa population, les pires craintes étaient de mise au Nigéria : un voyageur en provenance de Guinée décédait et une dizaine de cas détectés rapidement, et pourtant trois mois après l’arrivée du premier cas d’Ebola, l’OMS annonçait que le pays avait complétement endigué le virus. Contrairement à toute attente, la réponse a été rapide, organisée et  redoutablement efficace. Le gouvernement nigérian a mis en place une batterie de mesures visant en enrayer la menace et a pu compter sur l’efficacité de ses institutions publiques. Le pays a bénéficié de l’intervention rapide de la Nigerian Security and Civil Defense Corporation. Ces institutions publiques, fortes de leur récente expérience dans l’éradication de la Poliomyélite, ont rapidement mis en place un Centre Opérationnel de gestion d’Ebola (EOC). Utilisant un système de gestion des incidents (IMS), l’EOC a ainsi procédé au tri des patients potentiels et à la recherche de personne ayant été en contact avec ceux-ci depuis la date du début des premiers symptômes. La capacité de l’hôpital universitaire de Lagos à rapidement diagnostiquer le virus, a également permis de suivre les cas, identifier les cas à risques et envisager la sortie rapide des potentiels patients testés négatifs. Enfin, les différents contrôles effectués notamment dans les aéroports (prise de température des voyageur arrivant au Nigéria) ont permis de limiter l’entrée de potentielles victimes sur le territoire.

Governance test

A contrario, faute de structures de gouvernance suffisamment robustes, certains pays n’ont pas su gérer l’expansion de l’épidémie  La Sierra Leone est le second pays le plus touché par l’épidémie avec près de 3 000 morts sur 7 800 cas. Les organisations internationales y déplorent le manque d’équipements et l’inefficacité des mesures prises par le gouvernement telle que le confinement pendant 5 jours de certaines villes touchées. En 2012, une épidémie de choléra, qui avait causé la mort de près de 400 personnes en Guinée et Sierra Leone avait alors déjà souligné les défis systémiques inhérents à ces pays. Le Libéria, fortement touché, est le pays qui accuse le retard le plus important en termes de construction d’Etat, en proie à des divisions historiques et identitaires.  Il n’est pas anodins de relever que les 3 pays les plus touchés par Ebola présentent des scores faibles dans les principaux classements relatifs à la gouvernance. Ainsi, le classement Mo Ibrahim, présente chaque année son étude sur la qualité de la gouvernance au sein des différents pays d’Afrique. En 2014, sur un total de 52 pays évalués, la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée se classent respectivement 25ème, 31ème et 42ème lorsque le Sénégal se classe 9ème.

 

En définitive, il nous semble que l’Afrique ne devrait pas être considérée comme un ensemble uniforme, comme il est trop souvent admis. Au-delà de la crise sanitaire majeure actuelle dans trois pays d’Afrique de l’ouest, la réapparition du virus Ebola aura surtout permis de mettre en avant les disparités fortes de gouvernance et de qualité des institutions  sur le continent.

Pour aller plus loin :

Site du CDC

Classement 2014 Mo Ibrahim

 

 

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