Un nouveau leadership s’affirme

Lorsque l’on évoque les élites africaines au pouvoir, les premières images venant à l’esprit sont souvent teintée de dirigeants issus des conflits de l’indépendance et de dictateurs à l’exceptionnelle longévité du Nord au Sud du continent. Et les clichés sont tenaces. Pourtant, l’Afrique est le continent regroupant le plus grand nombre de pays au monde[1]. Au sein des 55 pays le composant, les réalités politiques sont des plus diverses et ont évolué très fortement durant les dernières années. En effet, il suffit de regarder d’un peu plus près le continent africain pour prendre la mesure de la grande diversité des réalités politiques et économiques selon les pays.

A ce jour, les principales puissances émergentes africaines que sont le Ghana, le Botswana, le Kenya ou le Nigeria ont rapidement relégué ces premiers clichés et imposé un nouveau paradigme: une nouvelle génération a émergé et forme aujourd’hui les classes dirigeantes africaines. C’est en s’appuyant sur cette nouvelle génération d’élites que ces pays subsahariens effectuent actuellement un bond en avant et s’affirment comme des leaders naturels en Afrique de l’ouest ou de l’est.

Que l’on regarde la sphère politique ou économique, cette nouvelle génération actuellement en poste a remplacé en douceur la précédente, en construisant sa légitimité par les urnes, les plans stratégiques ou les résultats annuels.  Ce renouvellement des élites s’explique principalement par la concomittance d’éléments nouveaux dans le paysage africain :

  • Une vie entamée après l’indépendance de leur pays
  • Une éducation académique de qualité dans de prestigieuses universités internationales
  • Un recul sur les expériences des leaders en place lors de l’indépendance de leur pays
  • Une ambition forte pour leur pays
  • Une conscience pragmatique des enjeux de leur temps
  • Un retour d’expérience sur le développement des autres pays émergents

C’est fort de ces caractéristiques, qu’émerge le socle d’une nouvelle ère sur le continent africain. Les élites tracent désormais une nouvelle route pour leurs pays et le continent africain, et proposent un nouveau modèle aux jeunes générations.

Leaders pol

La sphère politique est probablement le cadre du changement le plus frappant. Alors que les clichés la concernant sont encore tenaces, le renouvellement y a été le plus important. Pas moins de cinq transitions démocratiques ont été observées dans des pays majeurs de l’Afrique sub-saharienne durant les 10 dernières années au Ghana, Nigéria, Kenya, Sénégal, Zambie. La page des pères de l’indépendance se maintenant coûte que coûte au pouvoir est quasiment tournée.

Les récentes élections au Kenya 2013, Ghana 2012, Nigéria 2011 ont amené au pouvoir une nouvelle génération d’hommes politiques pour entamer un 1er mandat. Le Nigéria et le Kenya, pays clefs en Afrique de l’ouest et de l’est, ont mis en place des gouvernements de technocrates expérimentés dont la renommée et l’expérience internationale avérée et reconnue. A titre d’illustration, le président nigérian Goodluck Jonathan a structuré son administration autour de personnalités incontournables telles que Ngozi Okonjo-Iweala[2], ancien directeur à la banque mondiale, à la tête d’un super ministère finances et de l’économie. C’est fort de cette nouvelle reconnaissance et expérience internationale, qu’un plan d’envergure a été lancé (« Transformation Agenda ») avec des objectifs ambitieux (notamment dans le domaine des infrastructures) parallèlement au développement de relations bilatérales avec d’autres pays émergents.

Leaders eco

Mais l’effervescence économique des pays africains ne peut être non plus dissociée d’une nouvelle génération d’entrepreneur. Ceux-ci incarnent un Africapitalisme alliant performances économiques et implication sociales. T.Elumelu, un investisseur nigérian reconnu[3], le définit comme « une philosophie économie qui incarne l’engagement du secteur privé à la transformation économique de l’Afrique grâce à des investissements qui génèrent de la prospérité économique et de la richesse sociale ». Ces nouveaux investisseurs africains développent de véritables conglomérats structurés autour de l’appareil productif de l’économie nationale tout en ayant des visées panafricaines. A ce jour, la figure de proue de ces nouveaux capitalistes africains est Aliko Dangote, “Africa’s First $20 Billion Man”. Au Nigéria, son implication est incontournable. Son conglomérat  investit actuellement dans l’agriculture (sucre, minoterie), la construction (ciment) et bientôt l’énergie. Alors que les annonces de plans d’investissement se succèdent, l’implication totale du conglomérat Dangote est estimée à 16Mds$ pour un impact social fort via la création de pas moins de 120 000 emplois. Aliko Dangote fait actuellement figure de modèle pour les nouvelles générations nigérianes. Sa reconnaissance dépasse largement les frontières de l’Afrique : il sera l’un des co-présidents du prochain forum de Davos. 

 

Le début du XXIe siècle a amené sur le devant de la scène une nouvelle génération de dirigeants nourrissant de grandes ambitions et qui a repris les rênes économique et politique. C’est sur ce nouveau socle de gouvernance que les pays africains sub-sahariens entendent se développer durant les années à venir.

 


[1] 55 pays, devant l’Europe 50, l’Asie 47 et les Amériques 35

[2] Diplômée de MIT et Harvard, Ngozi Okonjo-Iweala était précédemment directrice générale de la banque mondiale en 2007

[3] Président de Heirs Holdings, T.Elumelu a bâti un conglomérat nigérian investissant dans l’hôtellerie, l’énergie, l’agriculture, la santé. T.Elumelu est également le fondateur de la T.Elumelu fondation qui cherche à promouvoir l’investissement et la croissance dans le secteur privé

Share on LinkedInTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someone