Série : Les catalyseurs de la croissance africaine – 2. Nigéria : La révolution électrique

Electricity+pylons

La réforme du secteur de l’énergie, et plus particulièrement de la production/distribution d’électricité est une des mesures phare du gouvernement nigérian actuellement en place. L’administration de G. Jonathan en a fait un de ses axes de développement forts au sein de son agenda de transformation du pays.

Jusqu’alors les gouvernements précédents s’étaient avérés incapables de trouver une solution aux problèmes de pénurie chronique d’électricité, ceci malgré des investissements depuis 2004 estimés à 15-20Mds$. L’électricité est ainsi devenue un enjeu politique majeur qui devrait impacter les prochaines élections de 2015. « I’m hopeful in the next 24 months, we will be able to stabilize the power situation » G. Jonathan.

Au-delà de l’aspect politique de la réforme initiée par le gouvernement en place, l’enjeu économique est considérable : l’optimisation de la production et distribution d’énergie pourrait permettre de réduire la facture énergétique de 40% pour l’industrie. Avec moins de dépenses dans des générateurs au diesel pour les industriels et les particuliers, l’effet multiplicateur pourrait être de 3% du PIB. Le développement actuel d’un tissu industriel de PME freiné par une facture énergétique trop lourde pourrait ainsi prendre son envol.

En effet, malgré une forte hausse de la population ces dernières années, la production électrique est à peu près sur les même niveaux de production des années 80 autour de 4kMW. Le gouvernement Jonathan vise une production d’énergie de 10kMW à horizon 2014 et 40k MW en 2020, en s’appuyant sur (1) la construction de nouvelles usines au gaz naturel et hydroélectriques et (2) un plan de privatisation des centrales existantes.

Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement dispose à ce jour de deux leviers importants soutenant sa démarche et lui permettant d’envisager une issue plus favorable qu’aux précédentes administrations : (1) des relations bilatérales renforcées avec la Chine lui assurant des financements à bas coûts et des prix de construction compétitifs, (2) un partenariat avec la Banque Mondiale et des investisseurs locaux et internationaux pour la reprise du parc de centrales existant.

Pour mener à bien sa démarche, le gouvernement nigérian s’est entouré du cabinet de conseil canadien CPCS spécialisé en infrastructures dans les économies émergentes pour accompagner les transactions. La Power Holding Company of Nigeria a été démantelée en Avril 2013, puis divisée en 10 sociétés de production et 5 de distributions. Des cessions d’actifs ont été initiées dans la foulée par le gouvernement pour un gain estimé à 2.5Mds$ à fin septembre. Ce processus de transition a étonné par sa rapidité (les 15 sociétés ont été privatisées au 30 septembre). Ces privatisations ont été réalisées avec des figures majeures du secteur privé nigerian (Elumelu, Otedola, Babangida) ainsi que des investisseurs internationaux (Symbion Power USA, China Machinery Engineering Corp, BSG Resources Israel).

africa reportSource :The Africa Report

Un des enjeux majeurs de ce nouveau dispositif de production/distribution de l’énergie est la solvabilité de ces sociétés naissantes. Pour cela, le gouvernement a créé avec l’appui de la Banque Mondiale une société intermédiaire indépendante pouvant acheter de l’énergie et la vendre aux sociétés de distribution ou/et clients finaux en cas de besoin. Cette société, qui assure la viabilité du système au démarrage, s’appuie sur un capital de 550M$ et des 800M$ garanties offertes par la Banque Mondiale. Elle est dirigée directement par le Ministre des Finances.

Un tel modèle de libéralisation du secteur de l’énergie s’appuie sur des précédents « dégroupage » du secteur orchestré avec succès par la Banque Mondiale comme ce fut le cas en Ouganda au début des années 2000. Pareille restructuration avait alors permis d’attirer des investisseurs étrangers pour y investir dans la transmission et la distribution d’électricité. Aujourd’hui, l’Ouganda fait figure de modèle en Afrique de l’est avec une centrale hydroélectrique de 600MW, plusieurs en construction et un système de distribution de l’électricité permettant aux entreprises du secteur industriel naissant de disposer d’électricité à bas coût au lieu de s’appuyer sur d’onéreux propres générateurs.

Au Nigéria, la 1ère phase du projet achevée a permis aux investisseurs dans les sociétés privatisées de prendre la pleine propriété des actifs en novembre 2013. La seconde phase s’ouvrant en 2014 devrait voir l’annonce de plans de modernisation des installations actuelles estimés à 4 Mds$.

D’ici à 2020, le gouvernement nigérian vise une production de 40 000MW qui devrait nécessiter de nouveaux investissements dans des centrales de l’ordre de 3 Mds$ par an. A ce jour, 10 nouvelles centrales au gaz naturel sont en cours de construction.

 

Sources :

Nigerian Bulk Electricity Trading PLC : http://www.nbet.com.ng

Nigeria Power reform : http://nigeriapowerreform.org/