Pourquoi faut-il s’intéresser aux marchés africains en 2019 ?

L’Afrique de plus en plus présente dans l’agenda économique français

A Paris, depuis quelques années, les évènements économiques, d’origine publique et privée, en direction de l’Afrique se multiplient : Forum CIAN[1] le 8 février dernier, l’Africa Finlab et Paris Europlace en juillet[2], Rencontres Africa France[3] en septembre pour ne citer que celles-ci. L’intérêt des acteurs économiques pour le continent africain est désormais évident, et les acteurs du secteur privé multiplient les investissements sur le continent (49 Milliards d’IDE en 2017). Dès lors, comment expliquer cet intérêt croissant et pourquoi faut-il se pencher sur les marchés financiers en 2019 ?

La force d’une nouvelle jeunesse

Le continent africain présente aujourd’hui une opportunité démographique historique alors que deux changements majeurs s’opèrent : une gouvernance renouvelée et un saut de plusieurs générations sur le plan technologique. La combinaison de ces facteurs devrait générer une croissance économique forte dans les années à venir alors que celle-ci dépasse les 5% depuis le début des années 2000, suscitant l’intérêt des investisseurs internationaux. Il est d’ailleurs certain que le continent devrait changer bien plus dans les décennies à venir que passées.

Le boom démographique que l’on observe actuellement en Afrique est très certainement le dernier en son genre sur le globe. Le précédent était asiatique, à la fin du XXe siècle ; désormais le plus fort accroissement de population à attendre sur le globe sera africain, avec une population qui devrait plus que tripler d’ici 2100. Cette forte croissance de la population s’accompagne de la naissance d’une classe moyenne. Selon une étude datant de 2015 du distributeur CFAO, celle-ci représente actuellement 14% de la population (1 milliard d’habitants) soit 143M d’habitants. Si l’on en croit la Banque mondiale, ces chiffres sont amenés à croître de manière exponentielle dans les années à venir :

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Source : Banque mondiale

Pour autant, ce phénomène démographique ne saurait fonctionner proprement sans un encadrement de qualité et une capacité des économies locales à créer de l’emploi. En effet, le renouvellement de la gouvernance constatée durant les dix dernières années a conduit une nouvelle génération de dirigeants des secteurs public et privé à mettre en place des fondations de meilleure qualité pour les populations locales. De nouveaux leaders tels que le nigérian Aliko Dangote incarnent cette nouvelle génération lucide sur les besoins en infrastructures ou sur la nécessité de réintégrer localement une chaine de valeur. Ils proposent des solutions via des investissements locaux importants. Au final, ce sont les indicateurs phares de la Fondation Mo Ibrahim pour la gouvernance africaine et ceux de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires qui permettent de mieux cerner cette progression constante des pratiques de gouvernance dans le temps.

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Source : Fondation Mo Ibrahim 2018

Depuis le milieu des années 2000, l’explosion de la téléphonie mobile sur le continent combinée à la mise en place de solutions de connexion à internet ont permis de désenclaver le continent. Ce saut technologique (le continent ne sera jamais véritablement passé par la case communication fixe) est le facteur d’accélération du développement le plus important et surtout un élément nouveau dans les schémas de développement entrevus jusqu’ici. Les populations locales ont désormais la possibilité de disposer de services financiers grâce à leur mobile et l’économie informelle recule de jour en jour grâce à la standardisation de moyens de paiement mobile permettant d’identifier clients et fournisseurs. Les systèmes de transfert pour « impatrier » des capitaux sont désormais multiples grâces aux fintech qui proposent des solutions à bas coût permettant de stimuler consommation et investissement local. A titre d’illustration, les flux de diaspora dans un pays comme le Kenya représentaient 2.7Mds $ en 2018 soit 3.6% du PIB kenyan. Autant d’exemples permettant d’illustrer l’idée que la vélocité du capital dans l’économie est plus forte et devrait permettre de soutenir la croissance économique dans les années à venir.

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 Source : Banque mondiale

Pourquoi investir aujourd’hui ?

Nous identifions trois motifs pour se pencher sur les marchés financiers africains : (1) les perspectives de croissance économique soutenues à court terme, (2) les infrastructures de marchés et écosystème financier de qualité, et (3) les multiples de valorisation historiquement attractifs.

En 2019, le taux de croissance de la zone sera de 3.4% selon la Banque mondiale, en accélération, alors même que la croissance mondiale ralentit. De fortes disparités demeurent entre pays exportateurs de matières premières comme l’Afrique du Sud, le Nigéria ou l’Angola aux taux de croissance modestes (2% en moyenne attendus) et pays importateurs de matières premières qui arrivent à maintenir un rythme de croissance élevé (6% au Kenya, 7% en Tanzanie et zone franc d’Afrique de l’Ouest). Dans ce contexte, les entreprises devraient connaitre une nouvelle année de forte progression de leur activité. A plus long terme, lorsque l’on se penche de plus près sur les entreprises présentes notamment sur le segment de la consommation, le potentiel est très important dans l’accompagnement des besoins d’une classe moyenne en formation. À titre d’illustration, des sociétés telles que Nestlé Nigéria devraient bénéficier de taux de croissance élevés : cette société bénéficie (1) d’un vaste portefeuille de marques, (2) d’un effet de base important lié à la sous pénétration de ces marchés, et (3) de la croissance du pouvoir d’achat de la classe moyenne locale. Historiquement, cette société affiche une croissance de ses bénéfices de 11% par an en euros depuis 2000.

Les infrastructures de marché et informations financières se sont grandement améliorées, durant les dix dernières années. L’Afrique du Sud est évidemment le pays le plus avancé et suivent de près Maroc, Égypte et Nigéria. L’ensemble des cotations et règlements livraisons sont désormais électroniques, les comptes en grande partie audités par des sociétés internationales telles que KPMG, EY, ou PWC. De plus, pour les investisseurs, le corporate access est au niveau des standards internationaux avec de multiples roadshow et conférences organisés. Ces marchés affichent une certaine profondeur de cote avec plus de 1500 sociétés listées et une grande variété de secteurs représentés (finance, consommation, construction, telecoms). Enfin, si l’on étudie de près les marchés dit frontières de la zone, on se rend compte rapidement qu’une certaine inefficience de marché règne dans les multiples de valorisation ce qui peut générer de significatives opportunités.

Actuellement, les principaux marchés d’Afrique subsaharienne se situent à des niveaux de valorisation extrêmement décotés vis-à-vis de leurs multiples historiques de manière uniforme. Les multiples de valorisation observés correspondent à des situations économiques de crise, alors que cela n’est pas le cas aujourd’hui. Ainsi, à titre d’illustration, le marché nigérian qui représente pas loin de 25% de l’économie africaine se valorise 6 fois ses bénéfices selon MSCI, très en deçà de sa moyenne long terme de 9.35 (7 ans). Cette décote est aussi très marquée vis-à-vis de ses pairs émergents : à titre de comparaison, les marchés émergents se valorisent actuellement 12.25 fois leurs bénéfices et les marchés frontières 10.98 fois. Ces niveaux constituent à nos yeux des points d’entrée attractifs pour des investisseurs de long terme.

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Source: MSCI, Bloomberg, LFPI AM

Un exemple de société

Dangote Cement, est une filiale du groupe Dangote, un conglomérat nigérian détenu par Aliko Dangote. Ce dernier est actuellement l’homme le plus riche d’Afrique avec une fortune estimée à 17Mds$. Dangote Cement capitalise 9Mds $ et est cotée à la bourse de Lagos.

En 2018, le groupe dispose des capacités de production de ciment de 45.6Mt dans 10 pays d’Afrique. Les volumes sont en forte croissance depuis 2010 (14.9%/an) alors que l’expansion géographique rapide a fait de la société le premier cimentier d’Afrique subsaharienne.

Dangote Cement affiche des indicateurs financiers solides avec un chiffre d’affaires en croissance de 23.1% depuis 5 ans, une marge d’EBITDA de 48.3%, un endettement de 0.39 fois l’EBITDA et une croissance du résultat net par action de 24.9% par an depuis maintenant 5 ans. Il s’appuie sur une activité nigériane solide qui concentre 68.5% du chiffre d’affaires et dégage des niveaux de marge record de 64.3%.

Le titre se valorise actuellement 11.7 fois ses bénéfices, très en deçà de sa moyenne 5 ans de 14.8 et très proche de son plus bas de 9.44 de 2016. Le rendement boursier est de 8%.

Dans les mois à venir, la société envisage une cotation à Londres afin de gagner en visibilité et a d’ores et déjà renforcé ses structures de gouvernance dans cette perspective avec l’arrivée de Cherie Blair et Mick Davis (ex CEO Xstrata) au board de la société.

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Sources : Bloomberg, LFPI AM

En conclusion, si les marchés africains présentent une opportunité économique évidente à long terme, des éléments de marchés favorisent à nos yeux une allocation dès à présent. Alors que bon nombre de marchés financiers mondiaux semblent engagés dans un cycle de plus forte volatilité et que les corrélations sont extrêmement faibles avec les marchés africains, une certaine diversification nous semble faire sens en ce début d’année 2019.

[1] CIAN : Conseil français des investisseurs en Afrique, https://www.cian-afrique.org/

[2] Africa Finlab : Laboratoire de la finance africaine, https://www.africafinlab.com/fr/page/le-finlab

[3] http://www.rencontresafrica.org/